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Gratte-ciel et jeu de l’oie

A propos de l’article « L’Amérique c’est grand ou how big is big » de Philippe Boudon issu du livre Américanisme et modernité, l’idéal américain dans l’architecture sous la direction de J.L. Cohen et H. Damisch, ed. EHESS Flammarion.

Philippe Boudon, par cet article, questionne la spécificité de l’échelle du territoire américain. Dans cet exposé, il développe un parallèle entre le roman de Jules Verne Le testament d’un excentrique et l’utopie des gratte-ciel américains. Ce livre a pour sujet le parcours de sept concurrents qui, pour gagner un héritage, s’affrontent dans un jeu de l’oie un peu particulier. En effet, les cases de ce jeu représentent chacune d’elles un État américain dans lequel le joueur en question doit se rendre.

Testament d'un excentrique, Jules Verne, jeu de l'oie: diversité d'échelles et de réalités du territoire américain

Boudon tire de cette fiction un parallèle avec New York délire de Koolhaas. Il met en rapprochement la structure narrative du roman avec le théorème de 1909 (p82 /83 de NYD) relatif au fondement utopique de la création du gratte ciel : « la production d’un nombre illimité de sites vierges sur un emplacement métropolitain donné ». Les personnages du roman de Jules Verne voient leur parcours raconté en parallèle comme autant de fictions autonomes. Ce principe plait particulièrement à Boudon car il illustre bien la multiplicité d’échelles différentes propre au territoire américain.

Théorème de 1909, Koolhaas, superposition de mondes autonomes

Théorème de 1909, Koolhaas, superposition de mondes autonomes

Ainsi le théorème de 1909 énoncé par Koolhaas, qui serait le fondement utopique de la formation du gratte-ciel, fonctionne sur cette même structure, à savoir un empilement de fictions indépendantes les unes des autres.

Peut-on pousser la réflexion jusqu’à dire que la multitude d’histoires et d’échelles différentes, ancrée dans la perception du territoire américain aurait conduit à l’émergence du fantasme pour la superposition de mondes différents et autonomes qui conduira plus tard à la construction des gratte-ciel?

Cet éclairage apporté par Boudon peut-il nous aider à interpréter cette phrase de NYD p.87 « le gratte ciel est en mesure d’offrir (…) les grands espaces d’un Wild West artificiel, d’une frontière dans les airs. » ?