T4deliriousny’s Blog – Groupe12


« Quel étage? »

Il semble difficile d’évoquer la tour et les gratte-ciels sans parler de l’ascenseur. Sans l’ascenseur, New York n’aurait certainement pas existé sous l’image que l’on lui connait. Alors que certains monte-charge à vapeur, pour les mines, remonte au XIXe siècle, il faudra attendre 1857 pour voir le premier ascenseur s’installer, à New York, grâce à Elisha Otis . Le terme « ascenseur » revient cependant à un Français, Léon Edoux, qui inventa aussi le système hydraulique.

Schéma de lascenseur dOtis Schéma de l’ascenseur d’Otis

– L’un des principal problèmes posé quand il est question d’utopie de tour-ville est la capacité de transport entre les étages des habitants. En effet, il n’y a qu’une cabine par ascenseur. Ce problème de rendement ne date pas d’hier et fut à la naissance des paternosters, ou ascenseur perpétuel. Ces engins sont composés d’un chapelet (d’où le nom) de cabine se succédant et effectuant un mouvement perpétuel. Inventé en Angleterre, répandu dans une grande partie de l’Europe de l’est, ce procédé s’est vu disparaître avec l’augmentation de la vitesse des ascenseurs. Cependant, certain sont conservés en tant que monument historique.

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– Alors que la plupart du temps, l’ascenseur sert le bâtiment, il existe des bâtiments qui n’existe que pour servir un ascenseur. C’est le cas par exemple à Lisbonne. L’ascenseur de Santa Justa permet de relier la Baixa (ville basse) au Bairro Alto. Il constitue l’une des principales attractions touristiques. D’une hauteur de 45 mètres, il est serti d’une tour de fer, décoré dans un style néogothique avec des motifs différents à chaque pallier. Ainsi cette tour n’existe que pour l’ascenseur. (voir ci contre).

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– On peut aussi parler de l’ascenseur spatial. Projet futuriste, relevant (encore) de la science fiction, il s’est vu pris au sérieux par la NASA avec dans les années 1990 l’invention des nanotubes de carbone, permettant ainsi de créer une matière suffisamment solide pour supporter la cabine a plus de 36000 kilomètres au-dessus du sol. Ce concept ne date pas d’hier, car il fut inventé par l’astronome Constantin Tsiolkovski qui pensa à une tour, « comparable à la tour Eiffel », de plus de 36000 kilomètres de haut…

Cette conquête, aujourd’hui fantasmagorique, est comparé a celle des chemins de fer que l’on pensait, il n’y a que deux siècles, totalement irréalisable. Ce chemin de Carbone, vertical, serait l’aboutissement, et le dépassement, du fantasme de la tour de Babel: crever le ciel et atteindre les étoiles.

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Concept de la NASA
Concept de la NASA
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Gratte-ciel et jeu de l’oie

A propos de l’article « L’Amérique c’est grand ou how big is big » de Philippe Boudon issu du livre Américanisme et modernité, l’idéal américain dans l’architecture sous la direction de J.L. Cohen et H. Damisch, ed. EHESS Flammarion.

Philippe Boudon, par cet article, questionne la spécificité de l’échelle du territoire américain. Dans cet exposé, il développe un parallèle entre le roman de Jules Verne Le testament d’un excentrique et l’utopie des gratte-ciel américains. Ce livre a pour sujet le parcours de sept concurrents qui, pour gagner un héritage, s’affrontent dans un jeu de l’oie un peu particulier. En effet, les cases de ce jeu représentent chacune d’elles un État américain dans lequel le joueur en question doit se rendre.

Testament d'un excentrique, Jules Verne, jeu de l'oie: diversité d'échelles et de réalités du territoire américain

Boudon tire de cette fiction un parallèle avec New York délire de Koolhaas. Il met en rapprochement la structure narrative du roman avec le théorème de 1909 (p82 /83 de NYD) relatif au fondement utopique de la création du gratte ciel : « la production d’un nombre illimité de sites vierges sur un emplacement métropolitain donné ». Les personnages du roman de Jules Verne voient leur parcours raconté en parallèle comme autant de fictions autonomes. Ce principe plait particulièrement à Boudon car il illustre bien la multiplicité d’échelles différentes propre au territoire américain.

Théorème de 1909, Koolhaas, superposition de mondes autonomes

Théorème de 1909, Koolhaas, superposition de mondes autonomes

Ainsi le théorème de 1909 énoncé par Koolhaas, qui serait le fondement utopique de la formation du gratte-ciel, fonctionne sur cette même structure, à savoir un empilement de fictions indépendantes les unes des autres.

Peut-on pousser la réflexion jusqu’à dire que la multitude d’histoires et d’échelles différentes, ancrée dans la perception du territoire américain aurait conduit à l’émergence du fantasme pour la superposition de mondes différents et autonomes qui conduira plus tard à la construction des gratte-ciel?

Cet éclairage apporté par Boudon peut-il nous aider à interpréter cette phrase de NYD p.87 « le gratte ciel est en mesure d’offrir (…) les grands espaces d’un Wild West artificiel, d’une frontière dans les airs. » ?