T4deliriousny’s Blog – Groupe12


Techniques et accidents

A propos de l’article « L’invention des accidents » in L’accident originel de Paul Virilio paru aux éditions Galilée en 2005. Cet essai est paru à l’occasion de la compilation de textes de l’auteur rédigés pour son exposition « Ce qui arrive » à la fondation Cartier à Paris (novembre 2002-mars 2003).

« Manhattan est une accumulation de catastrophes en puissance qui ne se produisent jamais » (article « ascenseur » NYD, p.27). Manhattan, tel que nous le décrit Koolhaas, semble tirer son succès de la bonne gestion du paramètre imprévisible qu’est l’accident. C’est le moment de s’interroger sur l’inconscient, la partie cachée de l’invention technique à l’aide de la pensée de Virilio.

Toute innovation technique contient en elle deux versants d’invention : sa substance, l’objet en lui-même (un navire pour déplacer des marchandises et des hommes) et l’accident (le naufrage : invention futuriste du navire). Par ailleurs, l’accident révèle la substance c’est-à-dire qu’il exacerbe les paramètres d’un objet. En effet, la production sérielle de la période industrielle provoque des accidents en série avec pour exemple les accidents automobiles. De même la vitesse de surgissement inopiné d’un accident va de paire avec la vitesse visible de l’objet (vitesse de transport). Ce premier point introduit la question du dépassement de l’Homme par la technique. Les utilisateurs sont un temps devancé par une invention mais le réalisateur aussi. En effet, les risques majeurs ne peuvent pas être entièrement considérés par le concepteur, l’auteur parle alors d’accident originel. Dans toute création il y a une part d’inconnu et d’inconscient sous-jacent.

Le processus d’invention ne place pas nécessairement l’accident comme conséquence de l’acte créateur, ce peut être également un moteur d’innovation. A ce titre, l’essayiste J. Berger (colloque Signatures de l’invisible, 2002) considère qu’ « il n’y a pas d’adresse, de talent créateur sans erreur ». L’idée que l’Homme n’a pas toutes les clés en main pour prévoir l’accident est intéressante pour notre sujet sur la technique et l’utopie. Réaliser une utopie implique de se confronter à des paramètres techniques et de composer avec la vérité cachée des réussites : l’accident. Le potentiel déployé pour éviter la catastrophe dans les buildings de Manhattan, (clin d’œil de la figure de l’ascenseur ou des attractions de Coney Island dans NYD) est peut être une des clés de la création d’une ville fantasmatique. La tension générée par l’accident qui ne se produit pas est-elle celle qui alimente le fantasme? Par ailleurs l’accident est une donnée majeure dans Coney Island mais sous quelle forme se retrouve t-elle dans la création de Manhattan?

6 mai 1937, New York, États-Unis  Incendie du zeppelin Hindenburg, heurtant son pylône d'amarrage à son arrivée à New York : plus de 33 morts.  L'accident délibéré : la fin du zeppelin permet l'essor du transport par avion (musée des accidents, Virilio)

6 mai 1937, New York, États-Unis. Incendie du zeppelin Hindenburg, heurtant son pylône d'amarrage à son arrivée à New York : plus de 33 morts. L'accident délibéré : la fin du zeppelin permet l'essor du transport par avion (musée des accidents, Virilio)

1er mars 1996, New York, États-Unis. Incendie dû à l'embrasement d'un restaurant dans le Garment District de New York (source: musée des accidents, Virilio)

1er mars 1996, New York, États-Unis. Incendie dû à l'embrasement d'un restaurant dans le Garment District de New York (source: musée des accidents, Virilio)