T4deliriousny’s Blog – Groupe12


Les gratte-ciel : des tours toujours plus hautes !

Pour plus de concret, quelques informations sur la mise en œuvre d’un gratte-ciel et un aperçu des tours dépassant les 300 m de hauteur.

Informations tirées du site web : http://www.techno-science.net

La conception :

Peu d’architectes qualifiés ont la chance d’être choisis pour un projet d’une telle ampleur. Le building doit répondre à un certain nombre de critères, comme :

–          Maximalisation de l’espace intérieur

–          Règles de sécurité

–          Résistance aux vents, aux séismes et aux incendies

Les fondations

La construction d’une tour nécessite un point d’ancrage très solide, en effet, le gratte-ciel pèse plusieurs milliers de tonnes qui sont réparties sur une surface de sol réduite ! Suivant la nature du sol, les fondations peuvent atteindre jusqu’à 100 m de profondeur.

Le sol rocheux de Manhattan est « idéal » pour la construction de tours. Ce n’est pas le cas de Shanghai, puisque le sol s’affaisse sous la masse des constructions :

–          Entre 1,5 cm/an et 3 cm/ an dans les quartiers financiers

–          6,3 cm/an aux alentours du Jin Mao

La structure

La structure des gratte-ciel diffère évidemment des constructions peu hautes. Il s’agit d’une armature squelettique sur laquelle sont fixés des murs. Les matériaux de constructions varient selon les pays. Jusque dans les années 30, les structures étaient faites en acier. Actuellement, on privilégie le béton armé : structure autour d’un noyau central assurant la rigidité du bâtiment.

Les systèmes de constructions permettant de dépasser les 100 m de hauteur :

–          la structure à ossature extérieure triangulée (exemple : le John Hancock Center à Chicago)

–          l’assemblage d’un ensemble de minces tours, permettant une plus forte solidité, surtout au niveau de la base (exemple : La Sears Tower de Chicago)

John Hancock Center

John Hancock Center

Sears Tower

Sears Tower

Les façades

Au début du 20eme siècle, les façades des gratte-ciel laissaient visible la structure, témoin d’une certaine maîtrise de la technique.

Un aperçu de tours, dépassant 300 m :

Diagramme gratte-ciel

Publicités


Buckminster Fuller et le rapport technique utopie

La figure de la sphère dans NYD est partout associée à l’utopie (avoir un maximum d’espace) et à la fois à ses propriétés géométriques. L’œuvre de Buckminster Fuller est très connue pour l’invention du dôme géodésique. Que nous apprend son travail sur la relation technique utopie ?

Les années 1950 dans la vie de Buckminster Fuller sont marquées par la recherche de structures de grande taille parfois même à l’échelle de la ville. C’est au cours de ces mêmes années qu’il invente la coupole géodésique qui se caractérise par un espace maximal pour une utilisation minimale de matériaux. Cette donnée se rattache à un concept qui est cher à Buckminster Fuller qui est celui de « more with lessing » (le plus avec le moins).
Or un paradoxe est intéressant. Alors qu’il s’évertue à élaborer des structures concrètes et constructibles (de nombreuses maquettes et croquis en témoigne) avec un travail calculatoire des plus précis, son travail tend toujours vers une préoccupation plus abstraite et idéaliste. En effet, les dômes géodésiques qu’il a créés présentent une avancée technique de premier ordre qui a conduit à leur succès et à leur commercialisation. En parallèle, une préoccupation plus globale et idéaliste a motivé son travail. Comme l’illustre certains de ses projets utopiques, une gestion réfléchie des ressources naturelles de la planète mobilise en permanence sa réflexion.

Dans son travail on assiste à un cas où la technique permet un aller-retour entre le monde construit et le monde rêvé. La technique a-t-elle eu le même rôle dans la construction de Manhattan ?

Sources: Buckminster Fuller de Frederico Neder, Infolio éd , 2008

Scénario pour une autobiographie de Robert Snyder, Images Modernes éd, 2004

Pavillon des Etats-Unis à l'Expo 67 de Montréal

Pavillon des Etats-Unis à l'Expo 67 de Montréal

Projet de dôme au dessus de Manhattan, 1950Projet de dôme au dessus de Manhattan, 1950
Projet de dômes volants habités (Fuller et Shoji) 1962

Projet de dômes volants habités (Fuller et Shoji) 1962



Non-lieu à la verticale

A propos de l’article « Xénakis: l’utopie de la verticalité » in Utopiques: jeux d’espaces de Louis Marin paru aux Éditions de Minuit en 1973. Ce texte est le développement d’un article paru dans le numéro que l’Arc a consacré à Xénakisen novembre 1972.Cet article étudie les caractéristiques de la ville décrite par Iannis Xénakis dans « la Ville cosmique » , paru en 1965 dans l’ouvrage Urbanisme, utopies et réalités de Françoise Choay.

« L’esquisse du théorème de 1909 énonce le postulat du gratte-ciel de Manathan conçu comme formule utopique permettant la création illimité de sites vierges sur un même emplacement urbain » (article « Alibis » NYD p 87). A Manathan, l’introduction du gratte-ciel change le rapport au lieu. La surface au sol n’est plus une entrave au développement de la ville. On peut alors s’interroger sur la valeur utopique de la négation du site dans l’urbanisme.

Dans la pensée de Xénakis, la ville utopique est la traduction directe de la structure sémantique du mot « U-topie » : le non-lieu . Ce qui ne signifie pas l’irréel ou l’imaginaire mais bien l’indétermination du lieu, de l’espace. Dans le processus d’élaboration de sa « Ville Cosmique Verticale » , l’ idée de Xénakis n’est pas tant d’introduire la 3ème dimension dans la pensée architecturale et urbanistique, mais plutôt de disjoindre le sol et la ville, de faire entrer la ville dans un état « d’indépendance par rapport à la surface et au paysage ». A Manathan par exemple, les gratte-ciel plus ou moins hauts font disparaître la rigueur du plan. Autrement dit l’acte au fondement de la ville est l’acte « u-topique », c’est à dire le non à l’espace entendu comme surface et plan.

Pour Xénakis, « l’architecture n’est pas une manifestation vraiment spatiale .Elle est fondée sur deux dimensions ; elle est essentiellement plane ». La troisième dimension ne s’obtiendrait que par « translation parallèle suivant la direction du fil à plomb ». Koolhaas écrit que du fait de l’exiguïté du territoire, « Manathan n’a pas d’autre choix que de projeter en direction du ciel la trame elle-même ». Chaque parcelle va se multiplier à l’infini et la surface au sol n’aura alors plus d’importance.Ainsi faire de la verticalité un élément volumétrique nouveau c’est faire basculer la réalité urbaine et architecturale dans l’u-topie .

On peut alors se poser la question de l’identité d’une ville ainsi isolée du sol et du paysage. La ville devient transposable partout dans le monde, elle devient une réalité universelle. Les déplacements aussi sont standardisés dans le sens où les circulations se font verticalement et ne suivent pas les déformations et accidents du terrain, elles sont toutes les mêmes dans tous les pays. En cela est-elle utopique?De plus la verticalité change la valeur, la densité et l’accessibilité d’un terrain en modifiant la superficie de la zone habitable.  Mais la négation de l’histoire et de la topographie du lieu, la perte de son identité peut aussi être apparaître comme allant à l’encontre d’un idéal. L‘utopie est un phénomène d’uniformisation des cultures ou au contraire si elle permet leur expression et leur mélange?



It’s hard to be down when you’re up (affiche au 100e étage du World Trade Centre)

Dans le chapitre « l’annexion de la Tour » de NYD (p. 91), Koolhaas introduit la dimension du panorama qu’offrent les tours avec l’observatoire de Latting qui, en 1853, permet une vision d’ensemble de Manhattan. La construction en hauteur rendue possible avec les progrès techniques permet de réaliser un fantasme dont nous parle De Certeau dans le chapitre « Marche dans la ville » de L’invention du quotidien, arts de faire de Michel de Certeau in Folio essais, Gallimard, 1990.

L’article « Marche dans la ville » s’ouvre sur trois pages où l’auteur décrit sa vision de Manhattan depuis le 110e étage du World Trade Centre. La ville pour lui est comme un texte, une écriture qu’il faut déchiffrer. La vision panoramique depuis le sommet des gratte-ciels en permet la lecture et répond au fantasme de voir l’ensemble, comme appréhender un instant le cosmos. Cette impression d’embrasser la totalité lorsque toute la ville est à portée d’œil renvoie à la fiction du savoir, d’avoir le regard totalisant de Dieu. De même comme le corps est soustrait de l’emprise de la rue et de sa nervosité, le spectateur acquiert d’autant plus ce statut de visionnaire car il peut mettre la ville à distance.

Or ce fantasme est plus ancien à en croire les peintures médiévales et renaissantes qui présentent la ville en perspective cavalière comme sous le regard de Dieu. Est ce que cette vision panoptique de la ville permise par les progrès techniques avec les gratte-ciels reste toujours utopique? Pour l’auteur la hauteur transforme la complexité de la ville en lisibilité. Mais cela reste une représentation, une illusion théorique. En effet, les pratiques habitées de la ville ne peuvent pas être appréhendées par un regard détaché. Par un travail d’analyse en contact avec ces pratiques De Certeau entend comprendre ces pratiques.

Préhistoire de New York: désir d'une vision d'ensemble

Préhistoire de New York: désir d'une vision d'ensemble



Techniques et accidents

A propos de l’article « L’invention des accidents » in L’accident originel de Paul Virilio paru aux éditions Galilée en 2005. Cet essai est paru à l’occasion de la compilation de textes de l’auteur rédigés pour son exposition « Ce qui arrive » à la fondation Cartier à Paris (novembre 2002-mars 2003).

« Manhattan est une accumulation de catastrophes en puissance qui ne se produisent jamais » (article « ascenseur » NYD, p.27). Manhattan, tel que nous le décrit Koolhaas, semble tirer son succès de la bonne gestion du paramètre imprévisible qu’est l’accident. C’est le moment de s’interroger sur l’inconscient, la partie cachée de l’invention technique à l’aide de la pensée de Virilio.

Toute innovation technique contient en elle deux versants d’invention : sa substance, l’objet en lui-même (un navire pour déplacer des marchandises et des hommes) et l’accident (le naufrage : invention futuriste du navire). Par ailleurs, l’accident révèle la substance c’est-à-dire qu’il exacerbe les paramètres d’un objet. En effet, la production sérielle de la période industrielle provoque des accidents en série avec pour exemple les accidents automobiles. De même la vitesse de surgissement inopiné d’un accident va de paire avec la vitesse visible de l’objet (vitesse de transport). Ce premier point introduit la question du dépassement de l’Homme par la technique. Les utilisateurs sont un temps devancé par une invention mais le réalisateur aussi. En effet, les risques majeurs ne peuvent pas être entièrement considérés par le concepteur, l’auteur parle alors d’accident originel. Dans toute création il y a une part d’inconnu et d’inconscient sous-jacent.

Le processus d’invention ne place pas nécessairement l’accident comme conséquence de l’acte créateur, ce peut être également un moteur d’innovation. A ce titre, l’essayiste J. Berger (colloque Signatures de l’invisible, 2002) considère qu’ « il n’y a pas d’adresse, de talent créateur sans erreur ». L’idée que l’Homme n’a pas toutes les clés en main pour prévoir l’accident est intéressante pour notre sujet sur la technique et l’utopie. Réaliser une utopie implique de se confronter à des paramètres techniques et de composer avec la vérité cachée des réussites : l’accident. Le potentiel déployé pour éviter la catastrophe dans les buildings de Manhattan, (clin d’œil de la figure de l’ascenseur ou des attractions de Coney Island dans NYD) est peut être une des clés de la création d’une ville fantasmatique. La tension générée par l’accident qui ne se produit pas est-elle celle qui alimente le fantasme? Par ailleurs l’accident est une donnée majeure dans Coney Island mais sous quelle forme se retrouve t-elle dans la création de Manhattan?

6 mai 1937, New York, États-Unis  Incendie du zeppelin Hindenburg, heurtant son pylône d'amarrage à son arrivée à New York : plus de 33 morts.  L'accident délibéré : la fin du zeppelin permet l'essor du transport par avion (musée des accidents, Virilio)

6 mai 1937, New York, États-Unis. Incendie du zeppelin Hindenburg, heurtant son pylône d'amarrage à son arrivée à New York : plus de 33 morts. L'accident délibéré : la fin du zeppelin permet l'essor du transport par avion (musée des accidents, Virilio)

1er mars 1996, New York, États-Unis. Incendie dû à l'embrasement d'un restaurant dans le Garment District de New York (source: musée des accidents, Virilio)

1er mars 1996, New York, États-Unis. Incendie dû à l'embrasement d'un restaurant dans le Garment District de New York (source: musée des accidents, Virilio)



La hauteur, un fantasme ancestral : la Tour de Babel

Bien que le gigantisme architectural s’inscrive dans les quatre premières décennies du XXe siècle (dont le gratte-ciel fait partie), la question de la hauteur semble nous fasciner depuis des siècles.

 

Pourquoi vouloir construire encore plus haut ? Quelle est l’origine de la Tour ?

 

Si l’on en croit la légende de la Tour de Babel, ce fantasme de construire toujours plus haut perdure. Dans La tour de Babel, Jacques Vicari s’interroge sur l’origine de cette Tour. Aucuns documents prouvent clairement ce que l’homme pu bâtir environ deux milles ans avant Jésus Christ. Cependant, il resterait à Babylone une trace de son existence : le négatif imprimé au sol.

Dans cet ouvrage, l’auteur nous parle l’origine de la Tour en trois parties : sa forme, sa fonction et le mythe qui l’accompagne. L’auteur retrace son histoire, et voici quelques hypothèses :

 

La forme :

Quelques exemples de représentations antiques des tours

représentations antiques de Tours

représentations antiques de Tours

 

La fonction (origines):

           Les Babyloniens ont une représentation particulière du monde. L’axe mundi traverse un point culminant. La mer et la terre est une limite peu épaisse entre deux mondes : les cieux et les enfers. Naturellement, les Hommes craignent le monde du dessous et cherchent à approcher celui des cieux.

           Selon le paléoethnologue Emmanuel Anati, un personnage tel qu’un esprit ancestral serait commun à toutes les cultures (de l’extrême orient à l’extrême occident) : il est capable de faire renaitre la vie après un cataclysme : un déluge, un hiver interminable…  Par exemple, l’histoire de Noé qui s’échoue au sommet de Mont Ararat : loin de la catastrophe symboliquement également. Les Hommes sont en quête de l’éternité et entretiennent la mémoire du déluge. Se placer en hauteur par rapport au déluge a donc permis à l’espèce humaine de survivre au déluge, provoqué par Dieu, père tout puissant (cf. la Bible).

           Le Temple est une montagne symbolique, il est un instrument de penser de transfiguration. « Du IXe jusqu’au XVe siècle, quand l’Islam établit sa prééminence, les pèlerins ont fait successivement le tour, dans le ses des aiguilles d’une montre, des cinq terrasses carrées surmontées de trois terrasses circulaires avant d’arriver au sommet. Ils partaient de la sphère des désirs pour arriver, en méditant et chantant, à la sphère du détachement enfin libérés du cycle sans fin des renaissances successives. » La hauteur exprime une ascension vers la libération de l’esprit, un état supérieur par un franchissement graduel. Parfois même, le sommet s’opère par concentration du regard sur un dessin où une image mentale. La tour permettrait donc l’ascension rituelle de l’esprit.

La fonction de la Tour reste très controversée : observatoire ? Tombeau ? Demeure des Dieux ?

représentation babylonienne du monde

représentation babylonienne du monde

 

Le mythe :

La Tour de Babel selon la bible, est une tour construite par les Hommes pour atteindre les cieux. Ces Hommes parlaient tous la même langue, car descendant d’un même homme : Noé. Cependant, Dieu n’approuvait pas leur orgueil et décida de faire en sorte que tous les hommes ne se comprennent plus. La Tour ne fût pas achevée, car ils ne se comprenaient plus.

«  L’une des thèses d’après Babel est que le langage est doué d’une capacité de conceptualiser le monde de cette puissance constructrice a été décisive pour la survie de l’Homme face à des contraintes biologiques inéluctables, c’est-à-dire face à la mort. C’est la miraculeuse (ce mot ne me fait pas peur) capacité des grammaires à engendrer des propositions contrefactuelles « et si… » et surtout des temps futurs qui a donné à notre espèce les moyens d’espérer, d’aller au-delà de l’extinction de l’espèce. Nous durons, nous durons créativement en raison de notre impérative capacité de dire « non à la réalité », de bâtir des fictions d’altérité, d’un « autre » rêvé, voulu ou attendu où puisse habiter notre conscience. C’est en ce sens précis que l’utopique et le messianique sont des figures syntaxiques. »

Dans ce cas, la forme de la tour assure une nouvelle fonction, celle de visualiser un mythe : celui d’une volonté de s’approcher de Dieu, d’atteindre le ciel.

img103 

L’origine de la Tour remonte bien avant la naissance de Jésus Christ. Elle assure une fonction originelle et une fonction rituelle.